Que penser du vote par notation ?

Pour choisir le modèle des stickers, nous avons lancé un vote par notation via Framaform. Certains d’entre-vous nous ont fait remarquer que cet mode de scrutin n’est pas parfait pour plusieurs raisons. Développez vos arguments.

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Je pense que le vote par notation n’est pas parfait, parce que la valeur des points peut faire changer le résultat du vote. Par exemple, un vote avec les notes « -2, -1, 0, 1, 2 » et « 0, 1, 2, 3, 4 » peut donner des résultats différents bien que les échelles soient équivalentes (des expériences l’ont montré). De même, l’échelle des notes n’est pas « linéaire ». Dans le sens où si les notes allaient de 0 à 20 par exemple, on sait très bien que passer de 11 à 12, est plus facile de que passer de 19 à 20 ; on l’a tout·e·s expérimenté durant nos années scolaires. Pour finir, tout le monde n’a pas la même définition d’une bonne note. Par exemple, pour une personne une très bonne note peut être 15, alors que pour une autre personne, en dessous de 17, c’est pas une très bonne note. Je crois que ce sont ses défauts que vise à corriger le jugement majoritaire en utilisant des « mentions » dont le sens est globalement partagé par tou·te·s.

De plus, le vote par notation, sauf erreur de ma part, utilise la moyenne (ou de manière équivalente, la somme) des notes. Et donc les notes choisies sont très importantes, elles influencent grandement le résultat final. Pour ce qui est du vote par mention majoritaire, on regarde la médiane des mentions accordées, ce qui est beaucoup plus difficile à faire évoluer. Si un·e candidat·e a une mention majoritaire « Assez bien », alors que je mette assez bien, bien ou excellent ne change pas le résultat. De même, si ce·tte candidat·e a la mention « Assez bien » et que je pense qu’il/elle ne la mérite pas, alors que je mette « à rejeter, insuffisant » ou toute autre mention en dessus de « assez bien », ne change pas le résultat. Je n’ai pas intérêt à faire un vote stratégique (pas de vote utile en somme). Donc en gros, soit je ne vote pas ce que je pense et je me pénalise, soit je vote selon ce que me disent mon cœur, ma raison et ma conscience :wink:

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Merci beaucoup pour votre commentaire riche et argumenté !

Sur la première partie, vous avez tout a fait raison. J’ajouterai même un problème que nous avons rencontré en faisant nos calculs : en mettant une réponse à « 0 », ces votes (dans la somme) ne comptaient au final pour rien (reléguant au passage l’accroche de l’épisode sur la viande à un score négatif !).

En revanche, sur la seconde partie, il n’y a pas qu’un mode de calcul. Nous avons opté pour la somme (et donc pour le score pondéré le plus élevé).
Mais il y a aussi l’option de la « médiane » qui consiste à tracer une ligne à la moitié des réponses (en « empilant » les notes de la plus haute à la plus basse) et voir sur quoi on tombe.

Nous avons consulté une très bonne vidéo de Science Etonnante qui détaille les limites de ce système :

Merci de votre contribution :wink:

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Bonjour,

je me permet de vous conseiller cette suite de vidéo youtube qui présente différent type de scrutin et qui les décortiques d’un point de vue mathématique.

J’ai trouvé ces vidéos très instructives.

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Bonjour!

Pour aller dans le même sens que Sylvain, je vous link cette vidéo que j’ai trouvé toute simple et bien édifiante (en tout cas pour mon petit esprit): M. le président

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Tant qu’on est dans le partage de vidéos, en voici une autre plus courte et plutôt bien réalisée :

Le scrutin par jugement majoritaire n’y est cependant pas abordé.

Edit : Vincent a été plus rapide que moi :wink:

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Petit conseil : si vous mettez le lien Youtube sur une ligne seule, il vous affiche la vidéo directement dans votre post.

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J’ai participé à l’expérience du jugement majoritaire lancé par LaPrimaire.org et les chercheurs du CNRS cette année et je trouve beaucoup plus juste cette méthode que celle actuelle du scrutin pour ma part. Mais il n’y a sûrement pas de méthode idéale de gouvernance et de choix de gouvernants… Après il faudrait un moyen pour que les gens vote vraiment pour leur convictions et leurs coeur… Peut-être sans connaître les candidats, mais juste un choix de programmes et directives qu’il voteraient, sans stratégie autre que des résultats des politiques que l’on voudrait voir se concrétiser…

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Une excellente expérience à partager par ici → En France - L'Agora Datagueule

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Je trouve que ce que tu apportes là est très intéressant et pertinent, ça pourrait même amener à un autre mode de scrutin ou en tout cas un nouveau mode de consultation citoyenne au niveau des lois ou des programmes :
On pourrait utiliser un scrutin par notation qui opérerait non pas sur un programme d’un bloc mais sur chaque proposition relative à une problématique donnée. Ainsi, on pourrait avoir une meilleure représentativité dans la direction prise par les lois et l’exécutif de ce que veut réellement le peuple sur chaque thématique. Peut-être qu’au final on se rendrait compte qu’on obtiendrait une dynamique plutôt proche (admettons c’est un exemple hein) de Macron sur le plan de la politique familiale, de Hamon sur la réforme du travail, de Poutou sur la politique extérieure et de Mélenchon sur les thèmes sociaux hors famille ?

Bref je crois qu’on sort un peu du sujet là mais ce mode de scrutin me paraît tout à fait pertinent pour élaborer un programme et envisager des solutions.

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Dans ce cas, si on veut s’intéresser aux programmes et non plus aux personnes (ce à quoi je suis tout à fait favorable), et permettre aux citoyen·ne·s d’être plus « acteurs/actrices de la démocratie », je pense que le concept de la « démocratie liquide » peut être intéressant.

C’est à dire que de base, chaque citoyen·ne peut voter pour ou contre une loi qui est proposée (imaginons que ces lois soient rédigées collectivement par des groupes de personnes (une personne ou plus) qui les soumettent au peuple pour adoption, qui quand elle obtient plus de « X pour soumission » alors on soumet au vote). Quand une proposition est soumise au vote, chacun·e peut dire « oui » ou « non » ou « blanc » sur toutes les propositions (On peut même imaginer un référundum par jugement majoritaire, si, par exemple, la mention majoritaire est en dessous de « Passable » alors c’est refusé, sinon adopté). Naturellement, des votes comme ça, il pourrait y en avoir des dizaines et dizaines (par jour !). C’est trop à suivre. Donc tu pourrais déléguer ta voix, sur un thème particulier, où tu te sens moins compétent·e, à un groupe de personnes dont tu te sens proches sur ce thème. Et ce groupe voterait en ton nom sur ce thème là (écologie, éducation, travail, que sais-je encore). Et c’est toi qui décide quand tu veux porter ta voix sur un autre groupe, ou si tu veux te remettre à voter sur ce thème directement. En somme, un mélange de démocratie directe et indirecte par thématique et évolutive à tout moment (liquide quoi :D). Ça permettrait de voir apparaitre, je pense, des groupes de personnes spécialisées dans un thème… et donc de déléguer ta voix au groupe qui te semble le plus pertinent, si tu le veux.

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Le vote par mention majoritaire (ou jugement majoritaire) me paraît être un mode de scrutin plus solide que le vote par notation, et même le mode de scrutin le plus fiable pour l’instant.

La vidéo de ScienceEtonnante soulève deux problèmes concernant le vote par notation, que le jugement majoritaire permet d’éviter. D’abord, si l’on fait une moyenne (ou une somme), on peut voter stratégiquement (en mettant 20 à son candidat préféré et 0 à tous les autres). Ce problème pourrait être réglé en utilisant la médiane comme dans le jugement majoritaire. Mais voici le deuxième problème : les notes chiffrées sont abstraites et ne représentent pas forcément la même valeur d’une personne à l’autre.

En utilisant des mentions, qui ont un sens relativement établi dans l’esprit des électeurs, on règle ce problème. Il reste alors à déterminer le nombre de mentions possibles. Il faut proposer au moins 3 mentions (sinon on revient au vote par approbation qui ne permet pas de nuancer son adhésion) et il ne me semble pas raisonnable de proposer plus de 10 mentions (car la langue limite le nombre de nuances possibles). Il faut alors fixer un nombre de mentions entre 3 et 10 de manière arbitraire, et je pense que c’est ici que réside le premier problème du jugement majoritaire. En effet, je ne crois pas qu’il y ait moyen de déterminer rationnellement si un certain nombre de mentions est préférable à un autre (par exemple si quelqu’un est capable de me prouver que 7 mentions sont mieux que 5 ou 9, je suis tout ouïe).

Le deuxième problème est plus d’ordre politique. J’ai l’impression que le jugement majoritaire favorise le candidat le moins clivant. Par exemple, dans une représentation simpliste de notre échiquier politique (gauche, centre, droite), les candidats centristes récolteront plutôt des mentions bonnes (de la part des centristes) et moyennes (de la part des électeurs de gauche et de droite) alors que les candidats de droite (resp. de gauche) recevront des mentions défavorables de la part des électeurs de gauche (resp. de droite). Finalement, cela revient à élire systématiquement le candidat du consensus. Je ne suis pas sûr que cela permette des prises de position tranchées, et que cela soit bénéfique sur le long terme.

Voilà selon moi les deux inconvénients majeurs du jugement majoritaire. Je pense néanmoins qu’il reste plus solide et plus fiable que les autres modes de scrutin, pour toutes les raisons évoquées dans les différentes vidéos ci-dessus.

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Le jugement majoritaire élirait effectivement bien plus facilement un candidat centriste. Mais je ne pense pas que ça soit une mauvaise chose, car même si ça ne permet pas de prise de position tranchée, ça évite qu’un candidat que beaucoup de gens n’aime pas soit élu. Je pense qu’il faut élire un (et très souvent le) vainqueur de Condorcet. Je pense que tu as regardé les vidéos plus haut, et peut-être la série sur ScienceForAll, mais dans le doute j’explique : le vainqueur de Condorcet respecte le principe de Condorcet qui dit que celui qui est élu doit être préféré à tous les autres (en duel) par une majorité. Comme ça après une élection aucune majorité ne préférerait qu’un autre candidat soit élu à la place du vainqueur.

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J’ai l’impression que le jugement majoritaire favorise le candidat le moins clivant. Par exemple, dans une représentation simpliste de notre échiquier politique (gauche, centre, droite), les candidats centristes récolteront plutôt des mentions bonnes (de la part des centristes) et moyennes (de la part des électeurs de gauche et de droite) alors que les candidats de droite (resp. de gauche) recevront des mentions défavorables de la part des électeurs de gauche (resp. de droite)

Je n’en suis pas si sûr. Si on regarde cet article, à la fin il y a un sondage où les candidats ont été noté (et cela a été converti en jugement majoritaire), on voit que le 1er est Mélenchon, le 3ème est Hamon, suvi de Dupond-Aignan. (Macron 2ème).

De plus, comme on regarde la médiane, la « distance » de la mention donnée par rapport à la mention majoritaire finale ne compte pas. Seule la position (au-dessus ou en-dessous) est importante. Donc je ne crois pas que ça concentre le résultat sur un·e candidat·e centriste.

@sugarman

Il est vrai que décider si 5 mentions seraient nécessaires plutôt que 7 pour juger un candidat me paraît ardu, cependant je trouve que 3 mentions seulement : A rejeter, Passable et Bien par exemple serait trop peu. En effet, il me semble qu’il manquerait quelques nuances, impossible de départager le candidat qui représente parfaitement nos idées d’un autre que l’on aurait plaisir à voir élu mais avec lequel nous avons quelques désaccords avec son programme ou alors différencier un candidat anti-démocratique prônant des valeurs que ne nous n’acceptons pas d’un autre avec qui l’on est juste pas en adéquation avec son programme etc

Par ailleurs, pour éviter le problème que tu soulève qui est que les candidats aux personnalités les plus lisses, les plus politiquement correctes et aux programmes portés sur le compromis, le « rassemblement » etc je pense que comme l’explique David Louapre (vidéo science étonnantes) il suffirait d’exiger mention majoritaire minimum pour être élu. Exemple, si le candidat ayant obtenu la meilleure mention majoritaire n’a que la mention passable, il n’est pas élu et on recommence l’élection avec des nouveaux candidats !

@avatarsblanc

Le problème avec trop de centrisme (un peu comme en Allemgne) c’est que les décisions sont lentes, les mesures encore plus… Or certaines urgences; démocratiques, écologiques ne peuvent et ne devraient pas attendre !

Je pense que ton sondage a utilisé une population non représentative. Il a été fait sur internet et a du circuler uniquement dans une sphère favorable au vote par jugement majoritaire. Bien qu’il faille encourager ces initiatives, je pense qu’il faudrait plus de rigueur quant à la sélection des gens sondés pour pouvoir en tirer une conclusion.

Non, non, il y a deux choses distinctes. L’expérience internet, où là effectivement il y a un gros biais (à gauche ici) et n’est absolument pas représentatif. Le but était de générer des données pour les chercheur·se·s et présenter au grand public ce système de vote. En revanche, il y a aussi un sondage IFOP, fait dans « les règles de l’art » (à la fin du PDF, page 9). Donc là, sans biais de population (en tout cas, pas plus que dans les sondages qui nous sont vendus le reste du temps par IFOP et compagnie).

Même si ce sondage IFOP a été réalisé dans les « règles de l’art », il est précisé dans ton document que :

Ce sondage n’est pas représentatif par rapport aux résultats du premier tour du 23 Avril. Jean Luc Mélenchon arrive premier avec le scrutin majoritaire dans ce sondage (voir l’avant
dernière colonne) avec un score 1,5% supérieur à son niveau national

Du coup, je ne pense pas que ça soit un exemple suffisant pour invalider mon hypothèse du candidat le moins clivant favorisé.

Par ailleurs, tu as écris plus haut :

De plus, comme on regarde la médiane, la « distance » de la mention donnée par rapport à la mention majoritaire finale ne compte pas. Seule la position (au-dessus ou en-dessous) est importante. Donc je ne crois pas que ça concentre le résultat sur un·e candidat·e centriste.

Je pense que tu te trompes et je vais prendre un exemple caricatural pour le prouver. Considèrons qu’il y a un tiers d’électeurs de gauche, un tiers de centristes et un tiers de droite. Trois candidats se présentent (un de gauche, un du centre et un de droite). En admettant qu’il y ait trois mentions (favorable, neutre, défavorable) et que les électeurs votent rationnellement, alors le candidat du centre aura 1/3 de mentions favorables et 2/3 de mentions neutres tandis que les deux autres obtiendront 1/3 de chaque mention. Du coup c’est bien le candidat du centre qui gagnerait. Je pense que cet exemple un peu extrême peu être adapté à des situations plus réalistes.

Oui, il n’est pas représentatif du score du 1er tour, puisque ce n’est pas le même mode de scrutin qui a été utilisé. Pour « convertir » le vote par notation en vote uninominal, ils ont supposé que les sondé·e·s auraient déposé dans l’urne le nom du/de la candidat·e pour lequel/laquelle dans le sondé a donné la meilleure note. Ce qui est une hypothèse fausse, puisque dans le cas d’une notation (ou mention) où tu utilises la mediane, le « vote utile » n’existe pas. Alors que lors d’une élection où tu ne peux mettre qu’un seul bulletin, il y a du vote utilise (voter Macron pour faire barrage au FN, voter Mélenchon car Hamon est donné à 9%, etc etc). Donc effectivement la conversion est fausse, et donc le classement obtenu dans le cas unominal est différent de celui obtenu au 1er tour. En revanche, je comprends du papier que le classement obtenu par jugement majoritaire (ou notation + mediane) est représentatif.

Du coup, je re-persiste dans ce que je disais sur le fait que ça ne favorise pas nécessairement le centre, notamment puisque Mélenchon est arrivé en tête, et Hamon 3ième. Concernant ta démonstration, dans l’hypothèse où tu as 1/3 de gauche, 1/3 de centre, 1/3 de droite, alors effectivement ça me semble assez intuitif que le centriste soit le plus apprécié par la majorité et donc élu. Mais par contre, dans un cas plus réaliste, où tu aurais plus de candidat·e·s et plus de nuances (je crois avoir lu quelque part que 7 était le mieux et que ça avait été démontré empiriquement…) et surtout où l’électorat ne serait pas divisé en 1/3, 1/3, 1/3, alors le candidat centriste n’a pas plus de chance. Avec 7 nuances, tu as un vocabulaire plus riche et donc tu peux mieux t’exprimer sur le centre. Si tu es plus proche du centre, ça tu peux donner une mention « correcte », et inversement, si le centre ne t’attire pas, tu peux aussi l’exprimer (sans pour autant le rejeter) et donc ça compense avec les personnes qui sont elles « naturellement » au centre.

On trouvera ici un autre article, avec un sondage réalisé pour l’élection de 2012 avec le jugement majoritaire (OpinionWay), Hollande est arrivé en tête, suivi de Bayrou, puis Sarkozy, puis Mélenchon.

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Oui excellent toutes les vidéos de ce jeune mathématicien. J’ai adoré les numéros 8, 9, 10 et 11.